fbpx

Voyage dans le temps avec Jean Sablé

Assis ici dans le centre historique de Versailles, rue Alexandre Bontemps, dans une maison aux grandes fenêtres en arcades du sol au plafond, vous avez malgré vous le sentiment que le temps s’est arrêté et que vous voilà projeté dans une autre époque. Entre les grandes colonnes de marbres s’ouvre une vue sur un bassin avec au centre un petit temple aux colonnes blanches. A l’arrière de ce temple vous pouvez voir les arbres du parc. Le ciel est clair et calme. Non, tout ceci n’est pas réel. A l’école de peinture décorative de Jean Sablé, les illusions sont inventées. Nous voyageons avec Jean au travers des decennies et célébrons le 20ème anniversaire de son école de peinture décorative, première à Versailles et unique dans toute la France.

17ème siècle à Versailles

– Si vous pouviez voyager dans le temps et rencontrer Charles Le Brun en personne, qui était peintre de la cour et décora plusieurs salles au château de Versailles, trouveriez-vous tous les deux un langage commun ? Est-ce que les techniques utilisées à l’époque par Charles le Brun sont aussi celles enseignées dans votre école?

Jean Sablé: Charles le Brun était lui-même un précurseur. Sa technique,  en tant que muraliste, tournait résolument le dos à jusqu’alors quinze siècles d’application de peinture “à fresco”.  De nos jours la période est aussi “charnière ” car les peintres en décor utilisent aussi des liants qui bouleversent les traditions picturales. Pour répondre à votre question, je dirais que si nous pouvions nous rencontrer Charles Le Brun et moi-même nous serions d’accord pour affirmer qu’il faut vivre avec son époque et ne pas craindre d’explorer de nouveaux univers. Nous aurions de fructueux échanges sur la façon dont les glaçis, le clair-obscur, la perspective atmosphérique et la composition peuvent faire chanter la peinture. Car si les médiums changent, le “sentiment” est quant à lui l’ingrédient essentiel, universel et intemporel que le peintre ne doit jamais manquer de mélanger aux couleurs de sa palette.

-A ma connaissance à l’époque de Charles le Brun et de Michelangelo  il n’y avait pas d’écoles de peinture décorative et la plupart des décors-peints étaient réalisés par des peintres de chevalet ?

Jean Sablé: Tous les grands Maitres de la peinture que nous connaissons se sont formés auprès d’autres grands Maitres. Le savoir se transmettait dans les ateliers où le jeune postulant entrait en apprentissage parfois très très jeune. A la Renaissance les artistes peintres peignaient indifféremment sur les murs, sur les panneaux ou les toiles sans se soucier si ils étaient des artistes peintres ou des peintres en décor. Cette scission est intervenue bien plus tardivement.  Les écoles dédiées à la peinture murale décorative et au trompe-l’oeil telles que celle que j’ai créé n’existaient pas encore. Il faudra attendre le milieu du 19ème siècle avec l’avènement de l’ère industrielle.

-Revenons au voyage dans le temps et l’apprentissage des Maîtres. Je mentionnais le Brun mais quels ont été vos préférés ? Ceux du passé auprès desquels vous auriez aimé apprendre et  que vous admirez ?

Jean Sablé: En tant que peintre muraliste j’ai toujours été plus impressionné par les peintres italiens. L’Italie n’est-elle pas le berceau des Arts où les Maîtres de la peintures flamandes ont fait le voyage ? Je dirais que les deux virtuoses qui m’ont ouvert les yeux sont Tiepolo et Veronese. Tous deux par la façon qu’ils avaient d’inonder leur peinture de la lumière chaude du sud et d’orchestrer les couleurs de telle manière que chaque élément de la peinture concourait à un ensemble parfaitement et harmonieusement composé.

-J’ai remarqué que vous aviez toujours votre appareil photo à la main pour photographier des modèles, des marbres etc…

Jean Sablé:  Oui, la nature est ma source d’inspiration et je ne manque jamais de saisir un détail qui pourrait venir enrichir mon répertoire. De plus, en tant que professeur de peinture il me faut moi-même constamment me “nourrir” afin que je puisse créer, explorer de nouveaux horizons à partager avec mes élèves.

Lorient

D’une certaine manière le destin vous a conduit ici à Versailles mais il semble que cela était écrit dans les étoiles car vous et Louis XIV êtes nés le même jour du même mois ! Qu’est-il arrivé à ce garçon né dans les années 60 dans une ville de pêcheurs et de chantiers navals située à 500 kilomètres de Versailles ? D’où lui est venu cet appel de devenir un peintre en décor ? Vous souvenez-vous de ce moment ou vous vous êtes dit ” c’est cela, c’est cela que je veux apprendre ! 

Jean Sablé: A cette question, je pourrais je pense consacrer un livre mais je vais essayer d’être concis. Il est vrai que dans mon enfance j’étais toujours très attiré par les peintures murales monumentales. Il y avait là quelque chose de magique qui me fascinait. Comment était-ce possible de transformer du simple plâtre en une matière précieuse comme du marbre poli et de bouleverser la perception des volumes architecturaux par le jeu de la perspective ? Il n’en fallait pas plus pour éveiller ma curiosité ! Il faut dire que l’architecture m’a aussi toujours intéressé. La peinture murale décorative me permet donc d’avoir cet échange avec les volumes. Je me suis aussi souvent demandé d’où me venait cette attirance ! Nait-on artistes ? Je pense que oui et que l’art est inné chez l’enfant. La révélation se fait sur la durée et sur sa capacité à conserver un regard émerveillé, amusé et curieux sur la nature. A partir du moment ou j’ai décidé d’embrasser cette vocation, je m’y suis consacré entièrement et patiemment. Loin d’être découragé par l’ampleur de la tâche, les chefs-d’œuvre ont toujours été pour moi des motifs supplémentaires d’encouragements et de persévérance. J’ai donc toujours marché sur ma route depuis Lorient jusqu’à Versailles avec confiance, détermination sans jamais douter de mon choix.

A partir du moment où vous aviez fait le choix d’une carrière de peintre en décor, votre famille vous a t’elle encouragé ?

Jean Sablé: Même si au départ des parents s’inquiètent toujours de la tournure qu’une carrière artistique peut prendre pour leur enfant, il m’ont apporté leur soutien et leurs encouragements qui m’ont permis de réaliser mon rêve.

En grandissant aviez-vous des Modèles en art?

Jean Sablé: Dès mon plus jeune âge j’avais à portée de main des livres consacrés à la peinture. Tous ces Maîtres ont contribué à ma vocation. Certains pour leur technique d’autres pour leur sensibilité. Je pense d’ailleurs qu’une grande sensibilité peu largement pallier quelques erreurs techniques, ce qui n’est pas vrai à l’inverse. Ainsi un peintre comme Sir Alma Tadema m’a impressionné par sa technique sans jamais toutefois m’émouvoir alors que Eugène Delacroix est bouleversant.

1984 La Belgique

Qu’est-ce qui avait fait votre choix d’apprendre à l’institut supérieur de peinture de Bruxelles auprès du Maître Flamand Clément VAN DER KELEN?

Jean Sablé: Son nom et la réputation de son école de peinture étaient très réputés à cette époque. C’est une des grandes vertus de cette “École du Nord” de concilier à la fois la rigueur technique pour maîtriser la durabilité des œuvres et la restitution idéalisée des éléments de la nature. Cette approche appliquée à l’art mural répondait idéalement à mes attentes.

Je sais que vous êtes passionné par les marbres qui ont été très largement utilisés en sculpture et en architecture pendant des siècles. Mais votre interprétation des marbres dans la decoration va bien au-delà de la simple copie du vrai marbre. Dans ce cours que vous donnez dans votre école, “copier” n’est pas le but principal. Prêtez nous vos yeux un instant et faites nous découvrir ce qu’il y a dans ce matériau froid qui vous ait inspiré en tant qu’artiste.

Jean Sablé: La formation des marbres résulte d’un chaos sismique phénoménal. A qui observe bien cette matière de près, on peut y discerner des torrents, des cascades, des océans, des vallées. des montagnes et des forêts mais aussi des fossiles de sortes que des formes organisées émergent de ce chaos en mouvement. Cette matière recèle donc en elle-même l’empreinte apocalyptique de l’infiniment grand et la genèse de l’infiniment petit. Quelle source d’inspiration pour un artiste ! Je traduit non sans malice je l’avoue, ce langage de la matière dans mes compositions, jouant tantôt de la perplexité du spectateur pour finalement lui révéler une beauté qu’il croyait cachée. Y parvenir est toujours pour moi comme une partie d’échec que je ne suis jamais sûr de gagner. Comme pour la calligraphie, tout résulte dans l’équilibre de la composition, dans la puissance et la sincérité du coup de pinceau, du rythme des pleins et des vides en m’efforcant de laisser à l’esprit créatif du spectateur le soin de terminer l’œuvre.

En regardant vos tableaux “marbre coca”, “Rigueur débridée ” … j’ai remarqué en eux la structure du marbre. Apprendre ces techniques ouvrent à l’artiste un champ créatif plus vaste ?

Jean Sablé : Oui, la maîtrise de la composition à laquelle je faisais référence permet d’entrer résolument dans les voies de la création contemporaine. Le graphisme des marbres est stupéfiant, imprévisible et séduisant. La palette colorée est sans limite tout comme celle des ciels. Je me laisse porter par cette matière fougueuse en essayant de toujours la maîtriser dans mes créations.

Revenons aux décors-peints intérieurs réalisés par le passé. La raison pour laquelle les propriétaires faisaient peindre des marbres en trompe-l’oeil dans leurs intérieurs signifie t’elle qu’ils n’avaient pas les moyens pour s’offrir des vrais marbres ?

Jean Sablé : Non, absolument pas ! La France et l’Italie possèdent les plus belles carrières de marbres et pourtant dans ces deux pays on trouve de très nombreux châteaux, palais et cathédrales décorés de marbres peints en trompe-l’œil ! La raison est que l’artiste décorateur doit toujours s’employer à idéaliser la nature. De fait, le peintre ne se contente pas de copier servilement la nature mais plutôt d’observer ce qui fait la quintessence des marbres afin d’en extraire l’ultime beauté pour la reproduire dans ses œuvres. Ainsi les marbres peints en trompe-l’œil remplaceront les “vrais marbres”non pas pour se substituer à eux, non pas par soucis d’économie mais pour en supplanter les qualités décoratives.

1999 - 2000 Paris

15 ans après avoir été diplômé de l’institut supérieur de peinture de Bruxelles, après une multitude de commandes, ce breton né à Lorient était prêt pour le plus grand défi. Pourriez-vous s’il vous plaît nous raconter comment tout cela a commencé ? Vous aviez acquis 15 années de pratique et de confiance pour franchir ce pas ?

Jean Sablé: Comme je vous le disais, les œuvres des grands Maîtres m’ont toujours stimulé et encouragé à persévérer. Je désirais de toutes mes forces les rejoindre et contribuer avec eux à faire vivre le métier de peintre en décor dans les voies de l’excellence. J’avais fait le choix de consacrer ma vie à l’art mural et je ne fais jamais les choses à moitié. Je voulais atteindre cette exigence la plus élevée qui m’a conduit à recevoir de l’Etat français le titre le plus élevé dans le domaine des arts décoratifs. De tout mon être je sentais que j’étais prêt, que c’était mon heure et que rien ne pouvait m’arrêter. Ce fut une expérience passionnante, inoubliable et je dirais même une rencontre avec moi-même.

Pourriez-vous s’il vous plaît décrire le règlement de cette compétition. Le format des panneaux et dans quelle mesure vous étiez autorisé à mettre en votre liberté créative ? Combien de temps tout cela a duré ?

Jean Sablé: Le niveau d’exigence est évidemment très élevé et la moindre erreur ou hésitation sanctionnée. J’ai dû traverser plusieurs épreuves de qualifications avant de parvenir en finale. Plusieurs trompe-l’œil étaient à réaliser en direct et en un temps record devant le jury. A l’issue de ces épreuves qualificatives, 3 candidats seulement furent retenus alors que nous étions 33 au départ. J’ai pu par la suite présenter mon œuvre de maîtrise au jury et finalement décrocher ce graal. Mon oeuvre d’une dimension de 220 × 240 cm représente des éléments d’architecture et des matériaux en trompe-l’œil emprunt au 18ème siècle français. Un travail de 1500 heures. Si la composition était libre, le cahier des charges imposait des bois et des marbres en trompe-l’œil, de même que des ornements architecturaux – bas-relief, corniches, colonnes. Chapiteaux – en grisaille et en feuille d’or, le tout en parfaite cohérence stylistique, esthétique et en originalité créative.

15 ans après avoir été diplômé de l’institut supérieur de peinture de Bruxelles, après une multitude de commandes, ce breton né à Lorient était prêt pour le plus grand défi. Pourriez-vous s’il vous plaît nous raconter comment tout cela a commencé ? Vous aviez acquis 15 années de pratique et de confiance pour franchir ce pas ?

Jean Sablé: Comme je vous le disais, les œuvres des grands Maîtres m’ont toujours stimulé et encouragé à persévérer. Je désirais de toutes mes forces les rejoindre et contribuer avec eux à faire vivre le métier de peintre en décor dans les voies de l’excellence. J’avais fait le choix de consacrer ma vie à l’art mural et je ne fais jamais les choses à moitié. Je voulais atteindre cette exigence la plus élevée qui m’a conduit à recevoir de l’Etat français le titre le plus élevé dans le domaine des arts décoratifs. De tout mon être je sentais que j’étais prêt, que c’était mon heure et que rien ne pouvait m’arrêter. Ce fut une expérience passionnante, inoubliable et je dirais même une rencontre avec moi-même.

Pourriez-vous s’il vous plaît décrire le règlement de cette compétition. Le format des panneaux et dans quelle mesure vous étiez autorisé à mettre en votre liberté créative ? Combien de temps tout cela a duré ?

Jean Sablé: Le niveau d’exigence est évidemment très élevé et la moindre erreur ou hésitation sanctionnée. J’ai dû traverser plusieurs épreuves de qualifications avant de parvenir en finale. Plusieurs trompe-l’œil étaient à réaliser en direct et en un temps record devant le jury. A l’issue de ces épreuves qualificatives, 3 candidats seulement furent retenus alors que nous étions 33 au départ. J’ai pu par la suite présenter mon œuvre de maîtrise au jury et finalement décrocher ce graal. Mon oeuvre d’une dimension de 220 × 240 cm représente des éléments d’architecture et des matériaux en trompe-l’œil emprunt au 18ème siècle français. Un travail de 1500 heures. Si la composition était libre, le cahier des charges imposait des bois et des marbres en trompe-l’œil, de même que des ornements architecturaux – bas-relief, corniches, colonnes. Chapiteaux – en grisaille et en feuille d’or, le tout en parfaite cohérence stylistique, esthétique et en originalité créative.

2003 - 2023 Versailles

Trois ans après vous ouvriez votre propre école et revêtiez la tenue blanche au col tri-color que vous portez depuis maintenant plus de 20 ans en tant que professeur de l’école Sablé
A vous regarder enseigner, vous ne copier pas le sujet, vous le devenez que ce soit du marbre, du bois en trompe-l’oeil ou un ornement. Les bases du savoir-faire commencent par la façon de tenir les outils dans la main et la façon de les déplacer sur la surface de la toile.

Jean Sablé: Oui la manière de tenir un pinceau est vraiment essentielle et conditionne grandement le résultat que l’on cherche à obtenir. Un pinceau n’est jamais un corps étrangé à soi-même que l’on tiendrait du bout des doigts. C’est le prolongement de son âme, le révélateur du sentiment qui nous habite au moment où l’on peint. Mais la posture du corps a aussi une grande importance. Je dis souvent qu’un coup de pinceau cela part des pieds. Il faut sentir cet ancrage profond et enraciné des pieds dans le sol pour peindre dans un souffle les fragments des marbres, les veines du bois, les volutes d’un ornement, les branches courbées par le vent et les nuages qui s’étirent sous la brise.

Est-ce que les outils du peintre en décor – pinceaux, plumes, éponges- ont changé au cours des siècles…?

Jean Sablé: Sur le principe pas vraiment à l’exception peut-être du pinceau deux-mèches que les peintres en décor utilisent depuis le milieu du 19ème siècle. Sinon pour les autres, pinceaux plats et ronds, manches courts et longs ont toujours existé. Par contre ce qui a changé c’est la qualité des fibres synthétiques qui ont désormais une flexibilité et une capillarité comparable à celle des fibres naturelles.

-Comme tous les outils sont la base dans l’apprentissage des différentes techniques, est-ce que votre école fournit un kit outillage à chacun des élèves?
Jean Sable: Oui absolument. Il est important que les étudiants possèdent le même matériel que le mien pour se sentir en confiance. C’est un service que je propose à mes élèves afin de leur épargner des achats erronés.

Vous indiquiez que la posture du corps a aussi une grande importance. Je dis souvent qu’un coup de pinceau cela part des pieds. A propos de posture, la peinture décorative est un travail plutôt physique malgré le poids léger des pinceaux. Michelangelo écrivit même un poème à propos de ses souffrances après qu’il ait terminé la chapelle Sixtine.

Jean Sablé: Oui les débuts dans le métier sont assez éreintant car l’on doit souvent adopter des postures que l’on n’a pas l’habitude de tenir. Personnellement au début de ma carrière, alors que je n’avais que 25 ans, j’ai été immobilisé une semaine par une sciatique. Cela n’est jamais revenu … mes élèves sont aussi courbaturés les premières semaines de cours. Cela s’atténue par la pratique et aussi par des étirements qu’il faut faire régulièrement.

2003 - 2023 Versailles

Trois ans après vous ouvriez votre propre école et revêtiez la tenue blanche au col tri-color que vous portez depuis maintenant plus de 20 ans en tant que professeur de l’école Sablé
A vous regarder enseigner, vous ne copier pas le sujet, vous le devenez que ce soit du marbre, du bois en trompe-l’oeil ou un ornement. Les bases du savoir-faire commencent par la façon de tenir les outils dans la main et la façon de les déplacer sur la surface de la toile.

Jean Sablé: Oui la manière de tenir un pinceau est vraiment essentielle et conditionne grandement le résultat que l’on cherche à obtenir. Un pinceau n’est jamais un corps étrangé à soi-même que l’on tiendrait du bout des doigts. C’est le prolongement de son âme, le révélateur du sentiment qui nous habite au moment où l’on peint. Mais la posture du corps a aussi une grande importance. Je dis souvent qu’un coup de pinceau cela part des pieds. Il faut sentir cet ancrage profond et enraciné des pieds dans le sol pour peindre dans un souffle les fragments des marbres, les veines du bois, les volutes d’un ornement, les branches courbées par le vent et les nuages qui s’étirent sous la brise.

Est-ce que les outils du peintre en décor – pinceaux, plumes, éponges- ont changé au cours des siècles… ?

Jean Sablé : Sur le principe pas vraiment à l’exception peut-être du pinceau deux-mèches que les peintres en décor utilisent depuis le milieu du 19ème siècle. Sinon pour les autres, pinceaux plats et ronds, manches courts et longs ont toujours existé. Par contre ce qui a changé c’est la qualité des fibres synthétiques qui ont désormais une flexibilité et une capillarité comparable à celle des fibres naturelles.

-Comme tous les outils sont la base dans l’apprentissage des différentes techniques, est-ce que votre école fournit un kit outillage à chacun des élèves?

Jean Sable : Oui absolument. Il est important que les étudiants possèdent le même matériel que le mien pour se sentir en confiance. C’est un service que je propose à mes élèves afin de leur épargner des achats erronés.

Vous indiquiez que la posture du corps a aussi une grande importance. Je dis souvent qu’un coup de pinceau cela part des pieds. A propos de posture, la peinture décorative est un travail plutôt physique malgré le poids léger des pinceaux. Michelangelo écrivit même un poème à propos de ses souffrances après qu’il ait terminé la chapelle Sixtine.

Jean Sablé : Oui les débuts dans le métier sont assez éreintant car l’on doit souvent adopter des postures que l’on n’a pas l’habitude de tenir. Personnellement au début de ma carrière, alors que je n’avais que 25 ans, j’ai été immobilisé une semaine par une sciatique. Cela n’est jamais revenu … mes élèves sont aussi courbaturés les premières semaines de cours. Cela s’atténue par la pratique et aussi par des étirements qu’il faut faire régulièrement.

2010 vous avez fondé une association des diplômés de votre école. L’adhésion est également ouverte aux passionnés de décor-peint. Qu’offrez vous aux membres de cette association ?

Jean Sablé: J’ai fondé cette association en 2007. À l’origine il s’agissait pour moi de créer une structure sans but lucratif pour organiser à Versailles “le Salon”, cet événement international qui rassemble tous les ans “la crème de la crème” des peintres en décor venus du monde entier. Par la suite l’idée de conserver cette structure pour organiser d’autres événements à fait son chemin. Elle a pour objectif désormais de rassembler anciens et nouveaux élèves, mais aussi tous les gens passionnés par la peinture en trompe-l’œil et décorative. Nous organisons des visites de hauts lieux de notre patrimoine historique, des conférences et un voyage annuel. 

Je pense qu’il est très important que vos élèves ne soient pas délaissés après leur certification et qu’ils aient la chance de faire partie de votre communauté. Je sais que c’est très important pour vous que vos élèves soient capables de se révéler et de gagner en confiance au travers de commandes. Je sais également que certains de vos anciens élèves vous assistent dans la vie de l’école et de l’association ?

Jean Sablé: Oui, la relation que je crée avec mes élèves est profonde. Je continue à les suivre dans l’évolution de leur carrière et bien des années après leur départ de l’école, bon nombre d’entre-eux y reviennent régulièrement pour revivre un instant l’atmosphère de leurs études. Je tiens beaucoup à la pérennité de ces liens, et comme je suis soucieux de leur avenir et de leur prospérité, je leur confie régulièrement des commandes. Certains d’entre-eux m’ont aussi assisté sur des chantiers prestigieux comme au Palais Gangi à Palerme, d’autres m’aident avec beaucoup de dévouement à faire vivre l’association des élèves de l’école.

 

-2010 à été aussi l’année ou vous avez fait publié un livre de 224 pages “Décors-peints et trompe-l’oeil ” . Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce livre ?

Jean Sablé: Ma vocation de professeur a révélé en moi les valeurs du partage. J’aime ce proverbe indien ” ce qui n’est pas donné est perdu “. C’est ce sentiment qui m’a habité à chacune des lignes de ce livre que tous les lecteurs qualifient de “généreux”. C’est le plus beau compliment que l’on puisse me faire car j’ai atteint ainsi cet objectif que je m’étais fixé : être utile. J’ai aussi réalisé à quel point la peinture et l’écriture sont proches. On cherche un mot pour exprimer à l’encre son sentiment comme on cherche une couleur pour parfaire son tableau. Quand je peins, j’écris. Quand j’écris, je peins.

Votre école est spécialisée dans l’enseignement des techniques du trompe-l’oeil. Qu’est-ce qui vous stimule dans l’art du trompe-l’oeil ?

Jean Sablé: Les techniques que j’enseigne ont pour but de permettre à chacun de révéler le talent qui sommeille en lui. Je le fais sans dogmatisme mais avec le soucis de démystifier les techniques et d’ouvrir les voies d’accès vers la maîtrise. Le trompe-l’oeil est un jeu qui se joue malicieusement des perceptions . A ce propos Denis Diderot (1713- 1784) disait à propos du trompe-l’oeil : ” la main touchait une surface plane, et l’œil, toujours séduit, voyait un relief en sorte qu’on aurait pu demander au philosophe lequel des deux sens dont le témoignage se contredisaient était un menteur”. C’est cette magie qui me fascine et qui me conduit à créer des décors où le spectateur est transporté.

-Le programme de votre école est très souple. En même temps que le programme d’étude certifiée vous proposez des stages courts à tous ceux qui veulent améliorer leur connaissance.

Jean Sablé: En effet, l’école accueille bien souvent, en plus des élèves candidats à la certification diplômante, d’autres étudiants ou des professionnels qui viennent approfondir ou améliorer leur connaissance dans des domaines qu’ils jugent important pour le développement de leur carrière de peintre en décor.

Avril est le mois de certification pour vos étudiants et ils doivent être capable de démontrer leur maîtrise et leur connaissance. Pourriez-vous s’il vous plaît nous décrire cette journée d’examen ? Qu’exigez-vous d’eux après qu’ils aient étudié 900 heures pendant six mois dans votre école ?

Jean Sablé: Effectivement, tous les ans début avril les élèves qui se présentent à la certification doivent soumettre à un jury de professionnels leur œuvre de fin d’étude. C’est généralement un format de 200×120 cm, portrait ou paysage. Cette œuvre de présentation doit répondre à un thème très précis et révéler la maîtrise des techniques enseignées à l’école. Pour soutenir leur œuvre de maîtrise, les élèves doivent remettre également au jury un mémoire de leur travaux. Le diplôme délivré par l’Ecole Sablé est de niveau Bac + 2 et est reconnu dans tous les États européens.

Comme votre école est aussi ouverte aux étudiants étrangers et qu’ils peuvent suivre vos cours en anglais, avez-vous des statistiques sur les 20 précédentes années quant aux pays d’origine des personnes qui viennent étudier à l’école Sablé?

Jean Sablé: La plus grande majorité des élèves étrangers viennent des États-Unis. En second lieu se sont des étudiants d’autres États européens. Suède, Italie, Espagne. J’ai aussi accueilli une élève de Nouvelle Zélande et une autre du Japon.

Maintenant que le lecteur à le désir et l’intérêt d’améliorer son savoir-faire d’artiste et devenir un peintre en décor diplômé de l’école Sablé, comment doit-il s’y prendre ?

Jean Sablé: La procédure d’inscription est assez simple. Il suffit de me contacter directement pour prendre rendez-vous à l’école. J’attache une grande importance à ce premier rendez-vous car je veux toujours m’assurer que les travaux que je propose répondent bien aux attentes des candidats. Je veux aussi bien sûr discuter de ses motivations. En effet, cette formation est exigeante car elle prépare les personnes à évoluer dans un univers professionnel lui-même très exigeant. Ma position est d’être en tout point précis quant aux réalités du métier, mais aussi d’être bienveillant afin de permettre à chacun de se révéler et de s’épanouir.

Quelles compétences particulières attendez-vous d’une personne qui souhaiterait postuler à votre école?

Jean Sablé: Pour envisager une carrière dans le métier de peintre en décor, il faut tout d’abord avoir un sens aigu de l’observation, être soigneux, rigoureux et organisé dans son travail. Ces considérations professionnelles indispensables sont à associer avec la qualité du dessin, l’harmonie des couleurs et le désir de toujours vouloir rechercher la perfection. Je m’assure que ces conditions soient réunies chez les candidats afin de ne pas créer chez eux des désillusions et de la frustration. En effet toutes ces compétences sont aussi celles qu’attendent nos clients qui font appel à nous pour décorer leurs intérieurs. Il faut être attentif à leurs demandes et savoir aussi les conseiller pour ne pas les décevoir. Comme vous le voyez peintre en décor est un métier complexe qui conjugue la rigueur avec le sensibilité.

Nous avons voyagé à travers l’histoire et les decennies. Et, comme l’histoire l’a démontré, les destructions ont toujours été accompagnées par le besoin par ceux qui savent de restaurer, de reconstruire et de créer la beauté autour d’eux. Comment comprenez-vous vous même ce besoin et la pérennité de votre propre activité dans notre société où aujourd’hui tout est en changements si rapide. Pourquoi faites-vous cela Jean ?

Jean Sablé: Je pense tout d’abord que la pratique des arts est vitale à l’Être humain comme l’est l’air que l’on respire. Dans les pays totalitaire ou l’art a été censuré ou banni, le chaos s’est installé. Je vis cette passion depuis 35 ans sans m’être ennuyé une seule seconde car j’apprends tous les jours. Notre époque est effrénée et finalement nous fait courir après un temps qui nous échappe toujours. Observer, créer, interpréter le spectacle de la nature c’est arrêter le temps. C’est aussi cela que mes élèves trouvent dans mon école. Je suis devenu enseignant par un heureux concours de circonstances et j’ai mesuré à quel point cela était utile, passionnant et indispensable de remettre dans d’autres mains l’or qu’on avait reçu dans les siennes. Je me suis toujours considéré comme dépositaire de ce beau métier, jamais propriétaire. Les racines du métier de peintre en décor puisent leur source depuis la nuit des temps. Je pense donc faire œuvre utile en transmettant à mon tour cet art aux générations futures sans jamais renoncer à le faire vivre dans notre époque.

Des fresques murales comme des messages délivrés.  Depuis les. temps les plus reculés, les humains ont toujours ressenti le besoin de laisser sur les murs l’empreinte de leur histoire, de leur pensée et de leur existence. Des scènes bibliques du Moyen-âge au protestations sociales de notre époque, une fresque murale peut-elle être le reflet de l’ère dans laquelle on vit ?

Jean Sablé  : Des grottes de Lascaux à la Chapelle Sixtine, de la Vallée des Rois au château de Versailles, la peinture murale est présente partout et dans toutes les civilisations. Cet art est en relation constante avec l’architecture et son époque et fut, avant l’écriture, la musique et la sculpture, une des premières formes d’expression artistique. Ce mode d’expression universel a narré le quotidien des Hommes, glorifié les monarques, magnifié les architectures, déifié nos lieux de cultes et parfois même dénoncé les injustices , les tyrans et les dictatures. Je pense tout particulièrement aux peintures murales qui étaient  réalisées sur le mur de Berlin ou celles des ghettos dénonçant le racisme et la ségrégation.

La richesse d’un pays ne repose pas seulement sur son trésor culturel mais aussi sur la pérennité du savoir-faire de ses artisans. Qu’est ce qui pourrait être fait différemment pour que des écoles comme la vôtre ne ferment pas leur porte. En tant que directeur d’une école privée, auriez-vous des suggestions ou des recommandations ?

Jean Sablé: Victor Hugo disait ” une école qui s’ouvre c’est une prison qui se ferme “. La diversité c’est la richesse d’un pays. Il faut donc encourager les initiatives qui tendent à émanciper les Hommes de l’ignorance. J’ai créé à Versailles la toute première école de peinture décorative. Il n’y en avait jamais eu auparavant. Fonder cette école a été une aventure qui fêtera ses 20 ans dans quelques jours ! Je pense que pour durer dans le temps, une école doit être incarnée par son fondateur. C’est ce à quoi je me consacre : donner à mon école une identité singulière et unique. Cela suppose un investissement total de ma part, j’oserais dire un sacerdoce ! De telles écoles n’existent pratiquement plus et pourtant elles sont les gardiennes des savoir-faire ancestraux. Je crois qu’il appartient à nos politiques d’identifier et de soutenir les écoles d’initiative privée en les préservant de règlements et de normes qui ne leur sont en aucune manière applicables.

Jean Sable

Meilleur Ouvrier de France
Maitre Artisan d’Art
Fondateur de l’Ecole et Directeur des cours
Expert de Justice Métiers d’Art
Auteur

Principales réalisations résidentielles nationales et internationales:

Paris, Versailles, Bordeaux, Monaco, Bruxelles, Montréal, New York, Long Island, Washington, Baltimore, Los Angeles, Long Beach, San Francisco, Oman, Palerme.

Expositions nationales et internationales:

Alexandria 1998, Norrkoping 1999, Londres 2000, Paris 2001, San Antonio 2002, Bruges 2003,Oslo 2004, Philadelphie 2005, Utrecht 2006, Aarhus 2007, Dallas 2007, Dubaï 2007, Chicago 2008. Atlantic City 2008, Dubaï 2008, Bergame 2009. Abu Dhabi 2009, Versailles 2009, Paris 2009, Versailles 2010, Portland 2010. Orlando 2010, Atlanta 2011, Hampton 2011, Hambourg 2012, Tokyo 2013, Seattle 2014, Lecce 2015, Saint-Pétersbourg 2016, New-York 2017, Leewarden 2018, Paris 2016 – 2023

Contact avec Jean Sablé